Le personnage principal, Rocco, est tout d'abord inspiré  du jeune héros du livre L'Affabulateur de Wassermann, réedité aux éditions de La dernière Goutte en 2010. Soit un adolescent qui entraîne dans son sillage la population en lui racontant des histoires. Je voulais quant à moi associer cette trame à celle de Saint Roch, saint du Moyen Âge, grandi à Montpellier, éduqué par son tonton et sa tata et étudiant en médecine qui aurait parcouru le pays à l'époque de la peste et aurait guéri par sainteté. J'ai mixé ces deux personnages pour une histoire non plus religieuse mais plus profane, où le jeune candide parcourt son tortueux chemin dans des dessins pleine-page. L'espace de la planche de bande dessinée est l'espace-temps dans lequel ses déambulations et ses mésaventures  vont s'égrener. La mise en forme permet au lecteur de se perdre (tout en suivant bien le récit), de savourer une certaine contemplation, tout en bifurquant vers moults petits espaces narratifs-satellites, Je me suis aussi amusé parfois, à installer des ponts visuels pour sauter d'une page à l'autre ou à inverser le sens de lecture. J'aime balader le lecteur dans tous les sens du terme. Enfin, Rocco, à la croisée des chemins guérira les villages de la peste, mais le raconteur, le créateur ne peut pas espèrer non plus être épargné par les maux qui ravagent une époque, ni par les doutes qui le hantent quant à sa vocation.
Les images de la fin de l'histoire sont une citation du Il Tramonto, un tableau de Giorgione, visible à la National Gallery à Londres, enfin le ton général de Rocco et la Toison est  influencé par le film Brancaleone de Monicelli avec Vittorio Gassman, vu lors d'une virée au  festival du film italien de Villerupt dans les années 80 et un peu plus tard au ciné-club d'Antenne 2 . A quand une prochaine programmation du film, qui semble en plus introuvable en dvd?  "Que vergogna!".

« Evite les villes et aussi la foule ; méfie-toi », lui intime son oncle, alors que Rocco est sur le point de partir (enfin) à l’aventure. Le jeune homme ne respire que pour conter des histoires à ses semblables. Il s’est formé à cet art à l’université, et doit, un an durant, « parfaire [s]a vocation lors d’un long voyage d’apprentissage ». Voilà posée la trame principale de Rocco et la toison, fresque fantaisiste de Vincent Vanoli. L’auteur de Max et Charly ou L'Oeil de la Nuit trousse un personnage naïf et tendre, parfait Candide lancé sur les routes dans un Moyen-Âge obscurantiste et menaçant — la Peste rôde, bien sûr.
Au départ perpétuellement (ou presque) ravi, Rocco trouve la campagne belle, les gens accueillants. « Je me sens comme un idiot innocent », lance-t-il, pas tout à fait dupe de lui-même. Il parvient à raconter l’histoire de deux oisillons enfermés, mais devient rapidement auditeur de ses interlocuteurs, qui semblent avoir bien plus de choses à transmettre que lui. Obsédé par les textos (!) qu’il doit (et parvient à) envoyer à « [s]on tonton et [s]a tata », notre héros s’aguerrit au contact du fat Andreuccio, et découvre une mystérieuse toison, gardée par une gente dame…
L’auteur embarque son lecteur dans des péripéties inattendues, très improbables. Inspirée des enluminures médiévales, sa construction graphique use de cercles, de vagues, de nappes, pour faire avancer l’action. Son trait charbonneux, largement hachuré, garde une belle lisibilité malgré sa complexité. Une aventure ironique et finement palpitante.

 dans Bodoï par Laurence le Saux, mai 2016.


Une chronique intéressante ici!
Et encore .

Ouvrage dans la sélection pour le Fauve du meilleur album 2017 du salon d'Angoulême.